Au quotidien

Plus envie.

Hier, je n’avais plus envie.
Aujourd’hui je ne sais plus trop.

Voilà plus d’un an maintenant que j’essaie d’écrire des choses jolies ici, un peu comme une thérapie, pour me forcer à le voir, le joli. Voilà plus d’un an que j’ai l’impression de mentir un peu, quand je me mets en colère parfois, parce que j’écris du joli ici.
Mais plus envie.
Parce que j’ai envie de râler parfois aussi. Pas râler pour râler, enfin pas toujours, mais parce qu’elle me fait mal parfois, cette Eglise dans laquelle je suis entrée, parce que j’ai l’impression que ma condition de néophyte (c’est comme ça qu’on appelle les petits nouveaux chez les cathos) m’empêche parfois de dire un peu les choses comme je les vois. Oh, ça vient peut-être de moi, peut-être bien que je ne me sens pas bien légitime à parler de tout ça… Peut-être bien que j’oublie un peu que ce n’est pas que de la théorie, Dieu, et pourtant..
Et pourtant c’est pas facile, tu vois, de concilier un peu tout ce qu’on croit, un peu tout ce à quoi on tient, quand on veut aller au bout.
C’est pas facile tu vois, de débarquer avec vingt-deux ans de vie avant le baptême qu’on nous demande de balayer. Oh, oui, les apôtres qui ont tout lâché, je sais bien, par amour, tout. Je sais je sais. Mais les apôtres, tu sais, Jésus les a appelés, et j’ai l’impression que c’est pas tout à fait pareil, tu vois, quand c’est Jésus qui t’appelle.
Peut-être bien que je ne prie pas comme il faut. Peut-être bien que je ne crois pas comme il faut. Peut-être bien que je ne fais rien comme il faut, mais j’ai mon rien comme il faut chevillé au corps et au cœur. Oh, bien-sûr que j’ai changé d’avis, du moins nuancé un peu, auprès des cathos. Bien-sûr, bien-sûr, et certains pourront témoigner que si je blague un peu parfois, et que je peux sembler prendre ça à la légère, je ne rigole pas vraiment avec ces affaires là.
Pourtant, j’ai bien l’impression que parfois, ce n’est pas Lui, qui me demande de changer de vie mais eux. Eux qui forment cette Eglise, qui est le corps du Christ, il est vrai, mais qui sont humains malgré tout… Et je n’y peux rien, j’ai toujours du mal à suivre dans ces cas là. Je ne vais pas m’étendre, tu sais, c’est ma vie un peu, et j’en ai déjà bien assez exposé, j’en ai déjà bien assez souffert…

Je comprends bien, tu sais, qu’il faut sortir, qu’il faut évangéliser. Je comprends bien, tu sais, que c’est pas toujours mal intentionné cette Eglise à laquelle j’appartiens sans aller trop m’y mouiller. Je comprends bien, qu’on veut faire changer les gens parce qu’on croit qu’ils seront mieux, parce qu’on nous l’a donnée, La Vérité, et qu’on sait qu’au fond, ces gens là, ils sont malheureux, qu’il faut les aider… Et pourtant, je crois du fond du cœur qu’à trop rester les deux pieds vissés dans nos certitudes, on oublie de les écouter, les gens. On oublie un peu que certains ne demandent pas d’aide, et qu’à leur jeter une doctrine à la gueule, on va les faire fuir plutôt que les faire venir.
On pourra bien me dire que le discours du Christ n’était pas plaisant, c’est vrai. C’est vrai, c’est vrai, et peut-être bien que je me plante royalement, peut-être, c’est vrai… Et comme chacun, je vois un peu midi à ma porte, persuadée que je me remets en question, sans doute où ça ne fait pas trop mal.
J’ai l’impression pourtant qu’en demandant le baptême, j’ai un peu tout passé en revue, tout remis en question, passé bien des heures à discuter avec Lui, parce qu’il y a certaines choses, tu vois, on a beau me dire que c’est La Vérité, moi, ça passe pas.
S’entame alors un dialogue de sourds, avec tous ceux qui ne prendront même pas le parti de remettre en question, une petite heure, le temps d’en parler, La Vérité toute prête donnée. Oh, bien-sûr je peux comprendre, et sans parler de facilité, que l’on n’ai pas envie de commencer à remettre en question ses engagements. Je comprends. Mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’elle vaut, La Vérité, que chacun annonce un peu à sa sauce à autrui.
Je n’ai pas demandé aux autres anciens catéchumènes de mon entourages, je devrais, mais j’ai beaucoup eu cette impression d’être une petite chose à modeler. Oh, me laisser modeler par le Christ, je veux bien, c’est même pour ça que j’ai signé… Mais j’ai beaucoup trop eu l’impression que plus que le Christ, c’étaient ses fidèles qui cherchaient à faire de moi une petite chose à leur image, plutôt qu’à la sienne.
Je me tromperai sans doute de chemin, peut-être même ne trouverai-je jamais le bon, c’est bien possible… Mais je ne peux m’empêcher de me demander comment ils le savaient, eux, qui cherchaient à me dire quoi faire à chaque instant de ma vie, qu’ils le suivaient bien, le chemin. Parce que tu sais, j’ai aussi mes petites certitudes dans lesquelles je suis sûre de Le suivre, et pourquoi elles vaudraient moins, les miennes, de certitudes, que les leurs ? Pourquoi seraient-ils plus à l’image de Dieu, et pourquoi pourraient-ils se sentir le droit de venir juger mes lectures, ma vie amoureuse, ma vie de foi…?
Je ne sais pas, qui suit la bonne voie, qui ne la suit pas, et sans doute nous en éloignons nous tous un peu, chacun à notre manière par nos faiblesses. Mais j’en ai assez, tu vois, que l’on me jette un bouquin à la tronche comme vérité suprême pour m’expliquer qu’on a raison et moi pas.
J’en ai assez d’être regardée tantôt comme une gosse, tantôt comme une chose à aider. Si je suis une enfant, c’est une enfant de Dieu, comme vous tous, et si j’ai besoin d’aide, je sais la demander.
Je n’en puis plus que l’on me prenne de haut quand je dis comment je les vois, moi, les choses, avec toute la meilleure foi du monde. Parce qu’on est tous pécheurs, et que l’on est, en théorie, tous égaux aux yeux de Dieu. Que l’on ne pèche pas au même endroit, c’est certain, mais je ne suis pas sûre que l’Homme soit le mieux placé pour quantifier les péchés d’autrui.

Alors parfois, comme hier, comme aujourd’hui, les sourires, j’ai plus envie.
Parce qu’à dire trop de niaiseries, à te parler des oiseaux qui chantent et du ciel joli, j’ai bien l’impression que l’on me prend un peu trop pour cette petite chose que je ne suis pas.
Je savais où je mettais les pieds en demandant le baptême, et je sais pertinemment pourquoi je ne suis pas encore prête à y plonger entièrement dans cette Église qui flique et juge autrui, qui croit mieux savoir que lui quel est le bon chemin, et que ceux qui se sentent visés s’interrogent. Je n’y vais que timidement, que d’un orteil, parce que si je Lui ai confié ma vie, je ne l’ai pas confiée au regard d’autrui, et que toute baptisée que je sois, je revendique le droit de garder non seulement un contrôle sur ma vie, mais aussi celui que personne, pas même les croyants me voulant (soit-disant) le plus grand bien du monde, ne vienne s’en mêler.
Je ne crois pas en un Dieu qui juge, et qui épie chacune de nos actions dans nos vies. Je ne crois pas en un Dieu qui n’aurait rien d’autre à faire que fourrer son nez dans nos cuisses, je ne crois pas en un Dieu qui demande à ses fidèles de suivre aveuglément un livre au  point d’en oublier l’autre en face. Je ne crois peut-être pas en le bon Dieu, et pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir au plus profond de moi, que ce n’est pas avec Lui que j’ai un problème. Je ne peux pas m’empêcher d’aller à la messe avec plaisir, dans une paroisse où je ne connais personne, juste pour un petit tête à tête avec Lui. Mais j’ai un problème, un immense, avec ces gens qui, se croyant le droit de me prendre de haut, s’octroient le droit de me faire à leur image, essaient de me modeler comme ils me voudraient.
À ces gens là je voudrais dire que si Dieu m’a faite libre, que si Dieu Lui-même me laisse la possibilité de choisir comment mener ma vie (Jésus ne va pas chercher les apôtres couteaux sous la gorge que je sache !!!), ce n’est pas pour la laisser être épiée de la sorte.

Que l’on pense que je pèche par orgueil, sans doute, et que l’on me prête toutes les pires intentions que l’on voudra, aujourd’hui, je n’ai pas envie.

Pas envie de donner mes sourires, mes prières que je partage parfois, plus trop envie de témoigner non plus, tu vois. Parce que, si quand je parle de Lui je peux avoir des étoiles plein les yeux, aujourd’hui comme hier, je pense à cette Eglise, qui a si souvent maltraité les miens. Je pense à cette Eglise qui m’a malmenée aussi, et aujourd’hui, comme hier, j’ai un peu envie de l’envoyer balader ; parce que j’y crois dur comme fer à mon Dieu d’amour, et que je crois aussi qu’aimer ça ne se dit pas, ça se fait. Parce que j’y crois dur comme fer, et que parfois, dans cette Eglise qui dit m’aimer, je ne trouve pas tant d’amour que dans les mots amis de croyants et d’athées, en qui je trouve bien plus d’Amour que dans le mépris entouré de miel que l’on m’a bien trop souvent servi.

Je fais une petite pause ici.
Comme toujours, je reviendrai sans doute, parce que je tiens à ce blog malgré tout.
Ce soir je n’ai plus envie de les offrir ainsi, mes sourires, plus pour l’instant.

(Rendez-vous, pour ceux qui veulent, sur Carnets de LordTaFille, pour causer bouquins, et d’autres trucs aussi.)

Merci.

 

 

 

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4 réflexions au sujet de “Plus envie.”

  1. Je vous comprends, je suis néophyte moi aussi et l’intégration ne se passe pas très bien, ce qui me rend très malheureuse. Je suis stigmatisée sur un état dépressif et on me barre l’accès pour du bénévolat.
    Prenez du recul, et cultivez votre foi pour vous : lectures catho progressistes que vous aurez choisies, prières, retraites…. renouez le lien avec Dieu, le reste reviendra progressivement après.
    On peut faire Eglise en trouvant des structures qui ne soient pas paroissiales…

    Aimé par 1 personne

    1. Mon lien avec Dieu se porte très bien… Quant à celui avec les humains dont je parle ici je m’en passe très bien. Je ne souffre pas d’un manque d’intégration, je souffre qu’on n’entende pas mon désir d’avoir la paix… J’aurais sans doute dû ne jamais me faire baptiser et continuer à prier seule dans mon coin. Mais le baptême était le seul moyen d’accéder à la confirmation..

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