Feel Good, Lectures

Marcel

J’ai ouvert Du coté de chez Swann à 17 ans à peine, avec une sorte d’air de défi envers un géant invincible, refusant de me laisser mettre à terre par un livre.
Pour la première fois de ma vie, j’ai eu l’impression d’être véritablement confrontée à beaucoup plus grand. J’ai lu avec émotion (et non sans une certaine déception) le passage de la madeleine. À ce moment là, je me suis dit « On y est, il est là », et je crois même avoir versé une larme. J’en avais toujours entendu parler ou presque, de cette « madeleine de Proust », et j’avais comme l’impression de revenir aux origines. J’ai été aussi émue que devant des livres datant de plusieurs siècles, qui ont traversé les âges et sont passés de mains en mains avant d’atterrir dans les miennes. Mais en même temps que cette excitation de lire un si grand passage de la littérature française, je me rappelle avoir pensé « ce n’est donc que ça, la madeleine ? » Reste que l’émotion demeurait.
Je me suis laissée embarquer ensuite dans la vie de ce petit garçon un peu fragile au milieu d’une famille bourgeoise, de l’insolence de Gilberte Swann, des promenades, de la lecture — quoi de plus beau qu’un auteur qui écrit parfaitement ce que l’on ressent en le lisant ? — de Françoise et ses asperges qui m’ont beaucoup marquée, la tante Léonie, et Combray, devenu presque un lieu de pèlerinage.
Je l’ai ensuite laissé de coté, entre ma terminale et ma prépa. Je n’avais plus le temps, et notre relation a changée, je crois.

J’y retourne maintenant quatre ans plus tard, un peu loin de cet enthousiasme de l’époque, et sans y voir véritablement ce que j’avais pu y trouver alors. Elles m’agacent parfois, les manières de cette famille bourgeoise, face à Monsieur de Norpois et j’ai envie de prendre sous mon aile le jeune Marcel tant ses parents m’énervent parfois. Pourtant, je retrouve cette musique que je reconnaitrais entre mille, une musique rassurante, douce et presque enfantine. Je retrouve avec plaisir les phrases trop longues, les parenthèses interminables et je me perds dans les mots d’un auteur adoré.
Il est vrai que je n’ai pas autant de facilité à le lire que j’ai pu en avoir pour les précédents ouvrages que j’ai dévorés cette année, et j’ai envie de lire mille choses en même temps, pourtant elle est plaisante, la langue de Proust qui me rappelle un été entre première et terminale à lire sans relâche les aventures de ce Petit Narrateur dans une famille qui semble parfois trop fermée pour lui. Elle me rappelle aussi ces heures à en parler avec un enthousiasme non dissimulé, à qui me disait n’avoir jamais pu dépasser la description des clochers. Je me rappelle de ces cadeaux pour mes 18 ans d’amis-inconnus, rencontrés sur le grand-internet : Proust et les signes de Deleuze, et Proust et le roman de Jean-Yves Tadié. Je me rappelle que je ne voulais pas les lire avant d’avoir fini La Recherche et de fait, je ne les ai toujours pas lus. Je peux être têtue.
Et dans ses mots, il y a un peu de ma prépa aussi, le chaud au coeur quand le professeur adoré en parlait en cours de philosophie, le bonheur de reconnaitre des petites phrases au milieu d’une bibliographies, au son de sa langue dans ma tête.

Marcel et moi, tu vois, c’est comme une vieille amitié. On s’est connus, et c’était plutôt intense comme début, on s’est perdus de vue pour mieux se retrouver. La relation a changé, mais c’est toujours pleine d’amour que je retourne me perdre dans un tourbillon de mots beaucoup plus grands que moi, comme pour la première fois.

Merci !

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