Au quotidien

Petit éloge des influences, …

… de l’admiration, et de personnes admirées

Parfois, la mode m’a l’air d’être à l’évitement de toute influence. J’ai bien trop souvent entendu que j’étais influençable, et devrais faire ce qui me plait plutôt que faire en fonction de ces autres que j’ai pu admirer ou aimer. Il est vrai que c’est un pari risqué, et pourtant.
Aujourd’hui, au détour d’une heure d’ennui, je suis allée récupérer mes archives twitter, dans lesquelles ma vie s’étale sur presque trois ans et des poussières.

J’ai relu des bribes de discussions avec ces gens plus vieux que moi que j’ai tant admirés. J’ai relu les pensées de l’adolescente que j’étais, qui à 16 ans entrait en première, se demandait ce qu’il allait en être de son « post-bac » comme ils disent. Elle pensait avoir ses chances pour Le Parc, l’ENS, elle avait peur de la philo et ne savait pas commenter un texte en français.
Bien sûr, je me rappelais n’avoir jamais vraiment su commenter (je ne crois toujours pas savoir), et quelques petites remarques que l’on avait pu me faire à cette époque, mais je me souvenais finalement d’assez peu de choses.
C’est toute une vie oubliée qui a resurgi. La vie de cette « mini-moi », qui demandait naïvement « esthétique ? mais qu’est-ce donc », sans savoir que cinq ans plus tard, elle en ferait son domaine de recherches pour deux ans au moins ; la vie d’une ado qui comparait ses notes avec celles d’un vieux de treize ans de plus, le considérant comme un être tellement supérieur à elle ; l’admiration de l’ado que j’étais pour cet homme, qui avec le temps s’en est doucement allée. Je me souviens, bien sûr, l’avoir beaucoup admiré, mais sans trop savoir pourquoi. Et j’ai revu au travers de mes questions naïves qui osaient encore dire qu’elles ne comprenaient pas, l’immense écart qu’il y avait alors entre lui et moi. Il faut dire que les treize ans d’écart, je ne les comptais pas. Je le lisais juste, là, tellement plus brillant que je ne pouvais l’être, sans tenir compte de ces années de lectures qu’il avait derrière lui, des années de vie. C’est au milieu de cette admiration pour lui et d’autres qu’a fini de mûrir mon amour pour la philosophie, mon envie de comprendre, de bien faire pour les rendre fiers, c’est vrai, pour que l’élève dépasse les maîtres aussi sans doute. Je dirais presque que je leur dois beaucoup, mais que le problème n’est pas là. Ils m’ont influencée, c’est indéniable. Il m’est impossible de ne pas penser à eux malgré moi en entendant le nom de certains philosophes ou auteurs. Il est des lectures que je ne ferai pas sans me souvenir qu’ils me les ont conseillées en répondant à mes questions d’enfant.
Ces envies, ces lectures, passées et futures, elles font partie de moi. Je les chéris quelque part, parce qu’elles m’ont aidées à faire ce bout de chemin que je n’aurais assurément pas fait sans.

Il y a la musique aussi. Celle qu’on m’a faite écouter, pour une raison ou une autre, que j’ai aimée, écoutée, encore et encore jusqu’à la faire mienne non pas pour en déposséder l’autre, mais pour la partager. Tant et si bien que je peux finalement écouter peu de chansons sans les associer à ceux qui me les ont faites découvrir. Influencée. Pourtant, ce sont des chansons que j’aime, que j’aime vraiment. Sans doute parce qu’elles sont un peu chargées des gens que j’ai aimés avec elles, j’ai du mal à ne plus aimer les gens, c’est vrai, mais est-ce pour ça que ça ne devrait pas être là ? Est-ce que ça ne compte pas alors, d’aimer ce que d’autres ont aimé avant soi ? Ces amours en ont-elles moins de valeur ?
Elles font partie de moi, tout comme ces livres, tout comme ces films que je rattache invariablement à quelqu’un. Toutes ces choses qui ont pu m’émouvoir ont aussi ému, pour une raison ou une autre des personnes que j’aime ou ai aimées, qui m’ont influencées, il est vrai mais qui en partageant un peu de leur intimité ont un peu fait ce que je suis aujourd’hui. On peut toujours se dire que j’aurais été « vraiment moi-même » sans ces influences diverses, mais je dois avouer que je ne sais pas alors qui je serais. Je peux dire au contraire que j’aime voyager au milieu des livres, des films et des chansons comme je voyagerais au milieu des gens, un peu dans le temps.

Tu sais, elle serait contente je crois, l’ado de seize ans que j’étais, de voir ce qu’elle est devenue cinq ans plus tard. Elle y croyait dur comme fer à sa grande prépa, et puis elle s’est amourachée de Limoges. Elle se voyait déjà à l’ENS, et puis elle a lâché, pile quand il ne fallait pas. Et pourtant, cinq ans plus tard, tu vois, elle ne regrette pas. Il ne s’agit plus de comparer des notes à des concours passés avec treize ans d’écart, il ne s’agit plus de se désoler sur une moyenne peu honorable au concours qui faisait tant envie…
En relisant les tweets de Marie-16 ans, j’ai pris conscience de ce que j’avais oublié après le rouleau compresseur qu’a été la prépa. J’ai pris conscience qu’en cinq ans j’ai appris. Je ne réalisais pas je crois. J’ai bien du mal à me souvenir de l’avant prépa pour tout dire. Je me souviens encore de l’hypokhâgne, mais avant, c’était bien vague, jusqu’à aujourd’hui. Pourtant, elle est bien loin Marie-16 ans qui peinait à comprendre quelques explications simples qui suffisaient à la plonger dans la plus complète admiration. Il me reste beaucoup à apprendre, mais je suis fière de ce bout de chemin parcouru, je suis fière, et sans regrets parce qu’elle serait fière aussi je crois, la petite moi de se plonger dans Kant presque sans peur, avec un petit air de défi ; de se débattre avec ces mots qu’elle ne comprend pas toujours, qu’elle comprend parfois de travers mais qu’elle affronte maintenant.
Je l’ai malmenée ma prépa, je l’ai haïe sur la fin, je lui en ai voulu, je l’ai trouvé bien inutile et fausse mais elle m’a appris à oser me mesurer à ce que je risquais de ne pas comprendre, presque sans peur. Elle m’a appris à me débattre au milieu de mots étranges et s’il n’est pas question de se féliciter d’une excellence académique, je suis fière du bout de chemin parcouru. J’ai plus envie que jamais d’honorer ces personnes qui m’ont poussée sur ce chemin,  sciemment ou non. J’ai envie de continuer, pour avoir un nouveau chemin à mesurer dans cinq ans. Parce qu’il est là, ce chemin, malgré les notes pas toujours à la hauteur et parce qu’elles ne disent pas tout, elles ne sont pas tout. Le chemin, lui, il est là.

Merci à vous, surtout.

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2 thoughts on “Petit éloge des influences, …”

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