Au quotidien, Tranches de vie

Le plus important

Il y a quatre ans, je rencontrais un ami.

C’est un très bon ami.  Le meilleur que j’aie eu peut-être, tu sais.

Il a quelque chose de particulier. Non, pas quelque chose que personne ne voit. On voit même que ça.

Cet ami il est myopathe.

Je ne saurais pas bien t’expliquer ce que c’est. Ça touche ses muscles, voilà. Alors ça fait un moment qu’il ne marche pas. Il a un gros fauteuil, qui roule avec une petite manette. Le genre qui fait peur quand on est enfant.

Au début, tu vois, on n’en parlait pas trop.

Il a duré quatre ans, le début.

Puis on en a parlé.

On a parlé d’un peu tout. De comment il l’a su, comment il l’a vécu. Comment il le vivait, son corps handicapé. Je lui ai dit comment je le voyais moi. Handicapé mais pas trop. Un « connard comme les autres » comme il dit.

On a parlé de l’occulter, son handicap. Faire semblant qu’il est pas là, alors qu’on le voit.

Le handicap, on a un peu du mal quand on marche comme il faut. On sait bien qu’il faut pas les dévisager, ils sont humains après tout. Mais avec tous ces efforts pour ne surtout pas les dévisager, on ne voit plus que le fauteuil. À trop vouloir se répéter qu’ils sont comme tout le monde, on en oublie qu’ils le sont vraiment.

Il m’a appris tout ça un peu, lui. C’est un peu drôle d’en parler, d’admettre qu’on est gêné parce que c’est pas comme tout le monde, de poser toutes ses questions.

Mais il en parle si simplement. Comme quand je lui parle de ma conversion en fait. Pareil. On découvre des choses, et on en parle. Rien de grave au fond. Une occasion d’en apprendre un peu plus l’un sur l’autre.

On a parlé de sa mort aussi.

C’est pas trop un sourire, la mort a priori. Pourtant, c’était plein de sourires cette discussion.

Elle va le tuer, tu sais, sa maladie. Depuis qu’on se connait je le sais. De l’extérieur, comme ça, c’est un peu dur à digérer.

Ça a mis quatre ans je crois bien, d’accepter. Ça fait peur tu sais, quand on sait qu’on va voir son meilleur ami de plus en plus mal, qu’on sait qu’un jour, il faudra lui dire au revoir. Oh, dans vingt ans peut-être, on a encore plein de temps. Mais ça fait drôle pourtant.

On en a parlé pendant plusieurs heures. C’était joli, pas triste, même pas. Libérateur plutôt. Il était triste ce tabou. Maintenant, je sais qu’on sera deux.

On en a parlé longtemps de son handicap, plusieurs heures.

Libérateur.

C’est plus cette chose qui fait peur, dont on essaie de ne surtout pas parler pour pas blesser, qui fait mal des deux cotés.

Il est devenu plus doux entre nous. Presque normal. On en parle presque comme ma conversion tu vois. On s’explique les choses, tout doucement, comme si tout était normal. Apres tout, il est là, on sait tous les deux qu’on le voit. On ne fait pas semblant. Mais c’est pas lui le plus important.

Oui, merci !

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(PS : Un article devrait arriver un jour sur le blog de l’ami en question toujours sur le handicap et l’amitié. C’est pas vraiment un sourire, mais il est important, alors il viendra peut-être ici aussi, quoi qu’il en soit, il y aura au moins un lien.)

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3 réflexions au sujet de “Le plus important”

  1. Très beau …comme toi mon cousin ! tu es fort un battant fier de toi ! Tu es un exemple pour tous !! Pleins de bisous 😘

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