Marcher avec Lui, Tranches de vie

Echouer

Elle n’a pas vraiment bien commencé, tu vois, ma semaine. Oh, pas que le moral ne soit pas là, mais il y a eu tous ces petits échecs, tu sais, toutes ces petites fois, à céder un peu trop parce que c’est plus facile comme ça. Il y a eu le passage chez Mollat de lundi soir, au lieu de continuer à bosser. Un ratage pas vraiment raté qui s’est bien terminé. Il y a eu la flemme hier soir, de continuer à la BU, la fatigue une fois rentrée, trop pour continuer. Il y a l’incapacité de me lever assez tôt ce matin, de me résoudre à y aller encore, à la BU. Il y a eu cet article, que je voulais écrire sur je pas grave des petites choses ratées. Loupé, lui aussi…
Il y a tous les énervements, les pas jolis ou pas assez, les trucs qui trottent dans un sens, trottinent dans un autre et n’en finissent plus de tourner au fond de la tête. Il y a ces choses de rien, qui prennent une ampleur de tout, ces petits trucs qui bloquent et qui empêchent.
Il y a mon matin pas très doux, dans mon lit encore défait, qui a décidé de prendre sa matinée, sans même en profiter. Je le sais pourtant, tu sais, qu’on n’est pas des machines, qu’il faut se reposer parfois, et que j’en ai besoin peut-être aussi, de repos, un peu. Mais la culpabilité est là qui ne s’en va pas.

Et puis, Le Chuchotement.

Tout doux dans le creux du cerveau, le petit quelque chose qui dit, tout doucement, à peine audible « c’est pas bien grave, tu sais. Je t’aime. Repose toi ».
Et Il n’est plus jamais bien loin, depuis Pâques, le petit chuchotement qui aime, juste comme ça… Alors on met des chants, on ouvre le Magnificat à la page du jour pour lire Sa Parole qui aime, et l’on se souvient qu’avant toute chose, il y a Son amour.
Elle peut alors commencer la journée, bien trop tard, il est vrai, et l’on se lève pour faire la vaisselle en retard, le ménage, le repas de midi, avant de partir en cours, et l’on se prépare avant d’aller s’attabler préparer le cours de la semaine, avec toujours le chuchotement qui aime toujours.

Et la culpabilité s’évapore un peu… Et l’on se souvient que l’on est humain, que l’on rate parfois, que l’on n’a pas tout raté pour autant, que tant qu’on L’aime, on ne rate pas vraiment.

Merci.

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Au quotidien

Revenir, encore

Voici quatre mois que j’ai annoncé que c’était terminé, je n’avais plus envie, plus ici. Voilà deux ans que je me suis dit « et si on essayait d’écrire des choses jolies ».
Deux ans. Déjà.
Alors bien-sûr, j’avais tout prévu pour le retour. J’aurais dû avoir fini Le Dieu pervers de Maurice Bellet, j’aurais dû en parler, dire combien il m’avais fait du bien, et il me fait du bien… Mais rien ne se passe jamais comme prévu, tu sais.
Deux ans, déjà.
Alors je reviens quand même un peu par là, pour te parler de mes jolis matins avant de partir me planquer derrière une tonne de bouquins et autres dictionnaires ; mes jolis matins au goût café-jus d’orange, à l’odeur de brioche… Mes jolis matins déjà frais, encore ensoleillés..
Mes jolis matins qui passent inlassablement, qui demandent d’y revenir, encore. Et c’est toujours la même petite histoire.
Une jolie petite histoire.

D’abord il y a le café à préparer, le lit à faire, la brioche à couper, et pour finir le jus d’orange. Il s’agit ensuite de disposer tout ce petit monde sur mon petit plateau, de le poser à coté de mon lit avant de m’y glisser. Il faut ensuite sortir mon livre préféré du moment, et y plonger corps et âme jusqu’à l’heure d’y revenir, encore, à la fac.
Et ils reviennent, mes jolis matins. Inlassablement.
Ensuite, il y a la journée, entre la bibliothèque, les cours et les amis… Puis il est l’heure de partir, déjà, et de reprendre mon barda.
Le soir, c’est une autre affaire. L’épuisement est bien là, et le découragement point. Alors ni une ni deux, il s’agit d’aller dormir au plus vite, attendant le retour des jolis matins, qui reviennent, encore.
Et ils reviennent, mes jolis matins de lecture, pleins de joie et d’envie d’y croire…

Et puis Il revient, Dieu, aussi, au milieu de mes matins jolis. Ça n’a pas été facile, tu sais, lui et moi, ces derniers mois… Et pourtant, Il est toujours là, le temps d’une toute petite prière avant de partir, histoire d’arriver avec le sourire.
Elle est toute toute toute petite ma petite prière des matins qui reviennent.. Elle donne la force pour toute la journée pourtant, tu sais.
Elle est revenue comme ça elle aussi. Un besoin pressant. Quelque chose, un matin, qui chuchotait « Et si ce matin on priait », alors on a prié.

Ils reviennent, encore et toujours, mes matins jolis qui donnent du courage, jusqu’à les faire passer un peu, les colères. Alors, comme mes matins jolis, je reviens moi aussi, encore.

Merci.

Au quotidien

Plus envie.

Hier, je n’avais plus envie.
Aujourd’hui je ne sais plus trop.

Voilà plus d’un an maintenant que j’essaie d’écrire des choses jolies ici, un peu comme une thérapie, pour me forcer à le voir, le joli. Voilà plus d’un an que j’ai l’impression de mentir un peu, quand je me mets en colère parfois, parce que j’écris du joli ici.
Mais plus envie.
Parce que j’ai envie de râler parfois aussi. Pas râler pour râler, enfin pas toujours, mais parce qu’elle me fait mal parfois, cette Eglise dans laquelle je suis entrée, parce que j’ai l’impression que ma condition de néophyte (c’est comme ça qu’on appelle les petits nouveaux chez les cathos) m’empêche parfois de dire un peu les choses comme je les vois. Oh, ça vient peut-être de moi, peut-être bien que je ne me sens pas bien légitime à parler de tout ça… Peut-être bien que j’oublie un peu que ce n’est pas que de la théorie, Dieu, et pourtant..
Et pourtant c’est pas facile, tu vois, de concilier un peu tout ce qu’on croit, un peu tout ce à quoi on tient, quand on veut aller au bout.
C’est pas facile tu vois, de débarquer avec vingt-deux ans de vie avant le baptême qu’on nous demande de balayer. Oh, oui, les apôtres qui ont tout lâché, je sais bien, par amour, tout. Je sais je sais. Mais les apôtres, tu sais, Jésus les a appelés, et j’ai l’impression que c’est pas tout à fait pareil, tu vois, quand c’est Jésus qui t’appelle.
Peut-être bien que je ne prie pas comme il faut. Peut-être bien que je ne crois pas comme il faut. Peut-être bien que je ne fais rien comme il faut, mais j’ai mon rien comme il faut chevillé au corps et au cœur. Oh, bien-sûr que j’ai changé d’avis, du moins nuancé un peu, auprès des cathos. Bien-sûr, bien-sûr, et certains pourront témoigner que si je blague un peu parfois, et que je peux sembler prendre ça à la légère, je ne rigole pas vraiment avec ces affaires là.
Pourtant, j’ai bien l’impression que parfois, ce n’est pas Lui, qui me demande de changer de vie mais eux. Eux qui forment cette Eglise, qui est le corps du Christ, il est vrai, mais qui sont humains malgré tout… Et je n’y peux rien, j’ai toujours du mal à suivre dans ces cas là. Je ne vais pas m’étendre, tu sais, c’est ma vie un peu, et j’en ai déjà bien assez exposé, j’en ai déjà bien assez souffert…

Je comprends bien, tu sais, qu’il faut sortir, qu’il faut évangéliser. Je comprends bien, tu sais, que c’est pas toujours mal intentionné cette Eglise à laquelle j’appartiens sans aller trop m’y mouiller. Je comprends bien, qu’on veut faire changer les gens parce qu’on croit qu’ils seront mieux, parce qu’on nous l’a donnée, La Vérité, et qu’on sait qu’au fond, ces gens là, ils sont malheureux, qu’il faut les aider… Et pourtant, je crois du fond du cœur qu’à trop rester les deux pieds vissés dans nos certitudes, on oublie de les écouter, les gens. On oublie un peu que certains ne demandent pas d’aide, et qu’à leur jeter une doctrine à la gueule, on va les faire fuir plutôt que les faire venir.
On pourra bien me dire que le discours du Christ n’était pas plaisant, c’est vrai. C’est vrai, c’est vrai, et peut-être bien que je me plante royalement, peut-être, c’est vrai… Et comme chacun, je vois un peu midi à ma porte, persuadée que je me remets en question, sans doute où ça ne fait pas trop mal.
J’ai l’impression pourtant qu’en demandant le baptême, j’ai un peu tout passé en revue, tout remis en question, passé bien des heures à discuter avec Lui, parce qu’il y a certaines choses, tu vois, on a beau me dire que c’est La Vérité, moi, ça passe pas.
S’entame alors un dialogue de sourds, avec tous ceux qui ne prendront même pas le parti de remettre en question, une petite heure, le temps d’en parler, La Vérité toute prête donnée. Oh, bien-sûr je peux comprendre, et sans parler de facilité, que l’on n’ai pas envie de commencer à remettre en question ses engagements. Je comprends. Mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’elle vaut, La Vérité, que chacun annonce un peu à sa sauce à autrui.
Je n’ai pas demandé aux autres anciens catéchumènes de mon entourages, je devrais, mais j’ai beaucoup eu cette impression d’être une petite chose à modeler. Oh, me laisser modeler par le Christ, je veux bien, c’est même pour ça que j’ai signé… Mais j’ai beaucoup trop eu l’impression que plus que le Christ, c’étaient ses fidèles qui cherchaient à faire de moi une petite chose à leur image, plutôt qu’à la sienne.
Je me tromperai sans doute de chemin, peut-être même ne trouverai-je jamais le bon, c’est bien possible… Mais je ne peux m’empêcher de me demander comment ils le savaient, eux, qui cherchaient à me dire quoi faire à chaque instant de ma vie, qu’ils le suivaient bien, le chemin. Parce que tu sais, j’ai aussi mes petites certitudes dans lesquelles je suis sûre de Le suivre, et pourquoi elles vaudraient moins, les miennes, de certitudes, que les leurs ? Pourquoi seraient-ils plus à l’image de Dieu, et pourquoi pourraient-ils se sentir le droit de venir juger mes lectures, ma vie amoureuse, ma vie de foi…?
Je ne sais pas, qui suit la bonne voie, qui ne la suit pas, et sans doute nous en éloignons nous tous un peu, chacun à notre manière par nos faiblesses. Mais j’en ai assez, tu vois, que l’on me jette un bouquin à la tronche comme vérité suprême pour m’expliquer qu’on a raison et moi pas.
J’en ai assez d’être regardée tantôt comme une gosse, tantôt comme une chose à aider. Si je suis une enfant, c’est une enfant de Dieu, comme vous tous, et si j’ai besoin d’aide, je sais la demander.
Je n’en puis plus que l’on me prenne de haut quand je dis comment je les vois, moi, les choses, avec toute la meilleure foi du monde. Parce qu’on est tous pécheurs, et que l’on est, en théorie, tous égaux aux yeux de Dieu. Que l’on ne pèche pas au même endroit, c’est certain, mais je ne suis pas sûre que l’Homme soit le mieux placé pour quantifier les péchés d’autrui.

Alors parfois, comme hier, comme aujourd’hui, les sourires, j’ai plus envie.
Parce qu’à dire trop de niaiseries, à te parler des oiseaux qui chantent et du ciel joli, j’ai bien l’impression que l’on me prend un peu trop pour cette petite chose que je ne suis pas.
Je savais où je mettais les pieds en demandant le baptême, et je sais pertinemment pourquoi je ne suis pas encore prête à y plonger entièrement dans cette Église qui flique et juge autrui, qui croit mieux savoir que lui quel est le bon chemin, et que ceux qui se sentent visés s’interrogent. Je n’y vais que timidement, que d’un orteil, parce que si je Lui ai confié ma vie, je ne l’ai pas confiée au regard d’autrui, et que toute baptisée que je sois, je revendique le droit de garder non seulement un contrôle sur ma vie, mais aussi celui que personne, pas même les croyants me voulant (soit-disant) le plus grand bien du monde, ne vienne s’en mêler.
Je ne crois pas en un Dieu qui juge, et qui épie chacune de nos actions dans nos vies. Je ne crois pas en un Dieu qui n’aurait rien d’autre à faire que fourrer son nez dans nos cuisses, je ne crois pas en un Dieu qui demande à ses fidèles de suivre aveuglément un livre au  point d’en oublier l’autre en face. Je ne crois peut-être pas en le bon Dieu, et pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir au plus profond de moi, que ce n’est pas avec Lui que j’ai un problème. Je ne peux pas m’empêcher d’aller à la messe avec plaisir, dans une paroisse où je ne connais personne, juste pour un petit tête à tête avec Lui. Mais j’ai un problème, un immense, avec ces gens qui, se croyant le droit de me prendre de haut, s’octroient le droit de me faire à leur image, essaient de me modeler comme ils me voudraient.
À ces gens là je voudrais dire que si Dieu m’a faite libre, que si Dieu Lui-même me laisse la possibilité de choisir comment mener ma vie (Jésus ne va pas chercher les apôtres couteaux sous la gorge que je sache !!!), ce n’est pas pour la laisser être épiée de la sorte.

Que l’on pense que je pèche par orgueil, sans doute, et que l’on me prête toutes les pires intentions que l’on voudra, aujourd’hui, je n’ai pas envie.

Pas envie de donner mes sourires, mes prières que je partage parfois, plus trop envie de témoigner non plus, tu vois. Parce que, si quand je parle de Lui je peux avoir des étoiles plein les yeux, aujourd’hui comme hier, je pense à cette Eglise, qui a si souvent maltraité les miens. Je pense à cette Eglise qui m’a malmenée aussi, et aujourd’hui, comme hier, j’ai un peu envie de l’envoyer balader ; parce que j’y crois dur comme fer à mon Dieu d’amour, et que je crois aussi qu’aimer ça ne se dit pas, ça se fait. Parce que j’y crois dur comme fer, et que parfois, dans cette Eglise qui dit m’aimer, je ne trouve pas tant d’amour que dans les mots amis de croyants et d’athées, en qui je trouve bien plus d’Amour que dans le mépris entouré de miel que l’on m’a bien trop souvent servi.

Je fais une petite pause ici.
Comme toujours, je reviendrai sans doute, parce que je tiens à ce blog malgré tout.
Ce soir je n’ai plus envie de les offrir ainsi, mes sourires, plus pour l’instant.

(Rendez-vous, pour ceux qui veulent, sur Carnets de LordTaFille, pour causer bouquins, et d’autres trucs aussi.)

Merci.

 

 

 

Marcher avec Lui

Aimer

C’est un drôle de mot, « aimer ».

On aime toutes sortes de choses qui n’ont pas grand-chose à voir entre elles.
On aime sa mère, son père, on aime le chocolat, un film, une tasse de thé. On aime un livre, une plume, un sourire, un rire, on aime ses amis, on aime un homme ou plusieurs, une femme ou plusieurs. On aime courir, rire, pleurer, chanter, on aime apprendre, ou on n’aime pas, on aime son prochain, parfois.
On dit « aimer » pourtant.
On dit « aimer » comme si ce n’était rien, et soudain, c’est comme si ce tout petit verbe devenait tout.
On rechigne à le dire, on a l’impression qu’une fois dit, rien ne sera jamais plus comme avant, que le mot n’est pas tant qu’il n’est pas dit, on se le refuse même à soi, on jure par tous ses dieux « mais non, je ne l’aime pas », et soudain « Je t’aime » veut dire « Je suis amoureux de toi ». Ces quatre petites lettres prennent alors tant d’importance que l’on a l’impression qu’elles se suffisent à elles-même. On attend avant de les dire. On pèse le pour et le contre, on attend, on réfléchit, on ne sait pas, on ne le dit pas, on tergiverse… Puis on le dit, enfin. « Je t’aime ». Et l’on a tellement attendu que ces deux mots et demi semblent être l’aboutissement de tout.
« Mais puisque je te dis que je t’aime ! », comme si le simple fait de le dire faisait tout.

Mais tu sais, aimer, ça ne se dit pas je crois. Aimer ça se fait.
Aimer, ce n’est pas que ce battement de cœur à sa vue, ce n’est pas que l’envie de se blottir dans ses bras. Aimer ce n’est pas répéter sans cesse « je t’aime » comme remède à tous les maux, comme si ces seuls mots changeaient tout.
Je crois qu’aimer, ça ne se dit pas. Aimer, ça se fait.
Il coûte, le premier. C’est vrai. Et puis on le dit sans plus le dire, on n’y pense même plus, et l’on aime comme on aime un livre, ou une tasse de thé. On a parfois ce petit frisson au fond du cœur, et l’on a oublié l’autre.
C’est pourtant bien lui, cet autre, que l’on aime. C’est pourtant bien à lui que l’on a eu tant de mal à le dire, et à trop croire que l’on n’aimait qu’au fond de son cœur, on a oublié de l’aimer, l’autre.
Alors vraiment, je crois qu’aimer ça ne se dit pas, ça se fait.

Je ne suis pas sure, tu sais, de bien savoir comment on fait. Je ne suis pas sure de toujours savoir m’oublier assez, pour cet autre en face que je dis aimer.
Je ne suis pas sure, tu sais, de bien savoir comment on fait, et je crois que j’ai souvent bien mal aimé, à croire que les papillons dans le ventre suffisaient… Et ce sont eux que j’ai fini par aimer, mes papillons plus que la personne qui les causait. Oui, je crois que j’ai bien souvent mal aimé, malgré tout ce que je disais.
Parce qu’aimer, ça ne se dit pas, ça se fait.

C’est un drôle de mot, « aimer ». On le dit un peu à tout bout de champ, en parlant de toutes sortes de choses différentes, mais au fond, est-ce que l’on sait vraiment aimer ?
Et si au fond, aimer, ce n’était pas le dire, c’était le faire ? Et s’Il nous avait montré comment aimer ? Et si nous avions juste oublié de L’écouter ?

Merci

Au quotidien

Il faut bien…

Je n’ai pas envie de rentrer.
Ça doit faire une heure et demi que je marche, oscillant entre bonne humeur et légère mélancolie.
Il fait nuit.
Les rues sont désertes.
Il n’y a que moi. Moi, et la musique dans mes oreilles, qui suffit à changer du tout au tout les pensées qui viennent à mon esprit.

Il y a les camps scouts, qui reviennent dans la nuit, avec toutes ces odeurs de terre mouillée, de feuilles mortes. Il y a presque la même légère fatigue. L’envie de retrouver le duvet froid, de s’y glisser une bonne fois pour toutes, et terminer la journée. Une de plus avant la fin du camp que l’on espère parfois quand elles ont été pénibles les petites, une nuit de plus dans ce duvet, et une nuit de moins avant de retrouver un lit, une douche, un vrai oreiller. Il y a cette même sensation d’être seule, vraiment, et de ne rien trouver d’autre à faire que prier. Comme le soir dans mon duvet, quand au lieu de discuter avec des gens, je remplis le temps en priant.
Il y a ces rues, prises au hasard, qui me font découvrir un peu plus ma ville.
Il y a ces pensées, pas toujours chouettes que je laisse vagabonder dans mon esprit, parce qu’elles aussi, elles ont besoin de sortir de temps en temps.
Et puis il y a ce chat, que je suis dans une rue inconnue, avec qui je discute un peu avant qu’il ne rentre chez lui, lui. Alors je continue ma route.

Vraiment, je n’ai pas envie de rentrer.

Alors je tourne, encore et encore, autour de chez moi, trouvant sans cesse de nouvelles rues à explorer. Surtout ne pas rentrer. Surtout ne pas stopper le flot des pensées.
Elles viennent bien mieux en marchant les pensées. Je les aime bien je crois, elles, qui trouvent le temps de vagabonder avec moi. Bien plus que quand je tourne en rond chez moi, parlant à quelqu’un qui n’existe pas. Elles marchent avec moi, et elles n’ont pas envie de partir.
Alors je n’ai pas envie de rentrer.

J’ai envie de continuer à sentir les odeurs, j’ai envie de sentir mon corps qui se fatigue, de photographier tout et rien. De rater mes photos, parce que c’est pas bien grave.

Je n’ai pas envie de rentrer.

Et en même temps que je me dis ces mots, pas envie, je ne peux pas m’empêcher de me demander : et quand on ne peut pas rentrer ? C’est un luxe finalement, de pouvoir rechigner à rentrer. On a quelque part où rentrer, et l’on refuse, on se détourne, on fait des caprices, comme cet enfant qui sait qu’il va bien devoir finir par dormir.
J’ai de la chance finalement, de ne pas avoir envie de rentrer.

Et je continue à marcher.
Une rue.
Une autre.
Je sais qu’il va falloir finir par rentrer.

Accroupie.
Je photographie des brins de blé.
Je n’ai pas envie de rentrer.

Une rue, une autre.

Me voilà devant le portail. Même l’odeur à changé. Elle est plus familière.

Il faut bien rentrer.