Au quotidien

Faire du bien

Je ne sais plus exactement depuis combien de temps ma tasse dort sur le rebord de l’évier de la petite kitchenette du collège… Je me suis souvent demandée comment faire pour aller la récupérer, de même que mon sucre, et mon café qui dorment au fond de mon casier.
Je ne sais plus depuis combien de temps il a commencé, ce temps bizarre dont tout le monde semble se languir.

Il y aura eu la joie du début, celle de pouvoir enfin me reposer un peu de tout le stress accumulé, puis il y a eu les relents de culpabilité, et d’impression de travail mal fait.
Les réseaux ? Beaucoup trop.
Le temps passé à procrastiner ? Je n’en parle même pas.
Il y a eu tous ces moments à me dire que je n’en faisais pas assez, tous les autres à me dire que j’allais y arriver… Puis il y a eu tout ce temps, à me demander pourquoi je n’arrivais pas à simplement me faire du bien.

Il y a eu twitter, d’abord, et les allées et venues. Le carême rompu pour lire tout ce monde qui finissait par simplement m’énerver.
Il y a eu le temps passé sur youtube à regarder des vidéos sans réel intérêt, malgré mon envie de faire autre chose.
Il y a eu tous ces moments à ne pas parvenir à me mettre simplement au travail, et finalement, il y a cette question qui revient sans cesse : pourquoi je n’arrive pas à faire simplement les choses qui me font du bien.

Pourquoi je n’arrive pas à couper toutes les râleries du monde quand elles finissent par ne même plus me faire réfléchir et ne font plus finalement que m’énerver ? Pourquoi je ne parviens pas à arrêter de sauter de vidéo en vidéo, sans y porter vraiment d’intérêt, comme hypnotisée ? Pourquoi je n’arrive pas simplement à me tourner vers tout ce qui, en ce moment, me ferait du bien ?
Pourquoi mes idées arrêtées deviennent plus importante que ce qui me fait réellement envie ? Je n’aime pas trop les bons sentiments, c’est vrai. Je n’aime pas trop que tout soit lisse et consensuel, habituellement… Pourtant, j’en ai eu besoin ces dernier temps, de lisse, de consensuel… De « positif », je crois qu’on dit. J’ai eu besoin de ces gens que j’ai écoutés encore et encore dire qu’il fallait se lâcher la grappe, un peu. J’ai eu besoin d’apprendre, moi aussi, à lâcher prise, malgré mes réticences (et puis qu’est-ce que c’est encore que cette mode !)
Pourtant, il m’a bien fallu reconnaître, avec humilité, que parfois, j’en ai besoin, moi aussi, de toutes ces choses que j’aime tant critiquer.

J’ai beaucoup râlé au début, c’est vrai, contre tous ces gens qui râlaient eux aussi.
Je l’ai vécu un peu comme un cadeau, ce confinement. Très égoïstement. Je n’ai pas envie qu’il se termine. Très égoïstement. Parce qu’il me fait du bien, je crois, à me laisser le temps de m’interroger sur mes peurs, mes angoisses, et mes manquements… Parce que j’aimerais bien réussir, enfin, à me concentrer sur ce qui me fait du bien.
J’aimerais bien trouver du temps pour regarder des films.
Réussir à me concentrer sur mon travail, vraiment.
Manger enfin normalement.
Réussir à boucler cette année plus que bien remplie.
Être un peu fière de moi, pour une fois.

Merci !

Au quotidien

Et ça continue encore et encore

C’était il y a un mois.
Ca s’agitait dans les télés. Tout le monde, sage devant, à écouter les gens du gouvernement nous expliquer que l’on ne pourrait plus sortir comme on voulait. Plus sans notre petit papier. Il parait que c’était pour notre santé.
C’était il y a un mois.
On était au début du carême, et il faut dire qu’il me réussissait plutôt bien, ce confinement des réseaux sociaux.
Et puis il y a eu le confinement, le vrai. Et je me suis dit qu’après tout, ne plus pouvoir sortir sans mon petit papier, ça m’autorisait bien à retourner sur Twitter, qu’Il comprendrait, même s’il y était allé un peu fort sur le carême cette année.
Alors j’y suis retournée.

C’est dur, je crois, d’y retourner sans râler, même avec la meilleure intention du monde.
J’ai beau me dire que cette fois, je ne parle que de philosophie, ou que cette fois, je ne partage que le joli, vient toujours ce moment où les râleries prennent le dessus, et je finis par ronchonner moi aussi, au milieu du ronchon général.
Alors, en général, je repars… Avant de revenir.
Toujours.
Et je suis repartie.
Et je suis revenue.
Pas bien longtemps cette fois.

Finalement, je n’ai pas besoin de tout ça. Pas en ce moment. Pas comme ça.
Je crois qu’au fond de moi, je me disais que les réseaux m’aideraient à oublier, à passer outre, à mieux traverser.
Je crois qu’au fond de moi, j’attendais qu’ils me donnent l’impression d’être encore au milieu du monde, d’en faire encore partie…
Mais je crois surtout qu’au fond de moi, je ne voulais pas voir.
Je ne voulais pas voir que si ce début de carême était si joli, c’est que j’étais bien finalement, à simplement vivre ma petite vie.
Alors j’ai sauté à deux pieds dans cette excuse toute trouvée. Nous voici confinés.
Et puis il y a eu la semaine sainte, sans twitter, il y a eu mes cours, mes soupes, et l’impression qu’elle s’était apaisée, soudain, la vie. Il y a eu Pâques, comme une obligation à revenir. Alors je suis revenue, et j’ai compris.
Elle continue, la vie.
Oh, bien sûr, elle n’est plus aussi réglée qu’avant, sous forme d’emploi du temps, mais elle est toujours là. Elle continue encore et encore, au milieu des soupes, des nouveaux rituels du matin, de nos nouveaux sourires, du temps ensemble, de nos petits déjeuners qui n’ont pas changé…
Tant et si bien que c’est elle, la vie, qui en viendrait presque à me le faire oublier, le confinement, bien plus qu’internet qui commente tous, sait tout, explique tout, et finalement ne parle jamais de rien d’autre. Parce qu’elle n’est pas confinée ma soupe, qu’ils ne sont pas confinés mes plaisirs du matin, quand je prends enfin le temps.
Je suis revenue, et j’ai compris, je crois, qu’il faudrait que j’essaie un peu de la vivre ma vie, en bien plus de 280 caractères.
J’ai envie de partager du doux ici, des réflexions, mais il est temps, je crois, d’essayer de m’autoriser à vivre ma vie un peu loin de l’oiseau bleu, pour un temps du moins. Parce qu’il est là, je crois, le fond du souci : si je n’arrive pas à partir, c’est que j’ai peur de ce que je pourrais bien découvrir !

Merci !

Au quotidien

La vie d’avant…

Certes, il manque les « longues » marches vers la fac.
Certes, il manque celles vers la laverie, ou le supermarché. Certes, il manque ces dimanches, où il fallait se préparer dès 16h pour ne pas la louper.
Certes, il manque le bout de jardin, un peu les cris des voisins…
Mais elle y ressemble pourtant, cette nouvelle vie, à la vie d’avant. Celle d’avant le travail, celle d’avant que ça ne courre partout, celle du calme, de la lenteur.

C’est presque incroyable, comme elle a pu me manquer, cette vie d’avant, dans le pastel de mes murs, le gris de mon lit, la douceur d’une vie qui prenait toujours plus le temps de prendre son temps…
Et la voici, qui reprend doucement ses droits, au milieu de tout ce brouhaha sur les réseaux et dans les médias. Cette vie qui ralentit, toujours plus.
La voici qui pointe le bout de son nez, dans mon immense nostalgie ce soir, dans mes grandes joies, mes sourires, dans la douceur de ces moments du matin, quand il est encore possible de chanter en mettant du rouge à lèvres.
Elle se fait de plus en plus présente, au détour de ce confinement.
La lenteur reprend ses droits, plus apaisante que jamais, au milieu de ce monde qui n’a pas pu s’arrêter de courir, de celui qu’elle fait souffrir…
C’est vrai qu’elle n’avait pas trop sa place, dans la vie d’avant le confinement, cette lenteur qui me plait tant. Le réveil, le boulot, vite, répondre aux mails, vite les enfants, vite, à l’école, vite, les to do list qui s’amoncèlent.
Vite, vite, vite !
Tout vite.
Trop vite.

Et soudain le lent.
En quelques jours, quelques discours.
Le Président a parlé. Les écoles sont fermées. Au tour du premier ministre maintenant : et voici que plus personne ne sort sans son petit papier. Et voici que le monde, soudain, se ralentit.
Et voici que rien ne semble plus tourner rond, voici qu’on tourne en rond.
Et me voici, à la retrouver, pour un temps indéterminé, ma vie d’avant, dont j’avais fait le deuil pourtant.

Et qu’elle est douce, si tu savais, ma vie confinée.
Qu’elle est douce, cette vie à cuisiner, à travaillée avec une tasse de thé…
Oui. Elle est douce, vraiment, cette nouvelle lenteur presque imposée.

Au quotidien

Mot d’ordre : joie.

Jeûne. Restreinte. Se priver. Abstinence.
Les mots du carême qui hurlent l’austérité, parce qu’il est austère, le désert, et plein de tentations. Mais on le traverse, avec Lui, ce désert, heureux de se préparer à Pâques.
Netflix ? Fini. (Enfin, pas plus d’un épisode par jour, en comparaison avec la demi douzaine habituelle, on n’est pas mal.)
Twitter ? Fini. (Oups, un petit écart hier, pour parler de mon mémoire, oups oups oups).
La mal-bouffe ? Finie aussi. (Tellement, que j’ai voulu tenter un régime bien connu, mais faut pas pousser non plus).
Pour la première fois, je me suis aussi astreinte à l’abstinence de viande du vendredi.
En bref, si on compare à mes premiers carêmes allant d’une foirade dès le début à un oubli pur et simple (cette catho est une honte !) on peut dire qu’on n’est pas mal niveau privation, jeûne, tout ça tout ça, l’austérité est bien là, quoi.

Et c’est là que ça coince, justement, mon histoire d’austérité, et mes listes de trucs que je ne fais plus, voyez si ma vie est dure, ça tient plus trop, en fait.
Bien-sûr, nous ne sommes que le premier vendredi, bien-sûr, je suis en vacances, et peut être que tout ceci n’est dû qu’à la fougue du début de ce carême tant attendu (au moins autant que j’ai oublié celui de l’an dernier)…
Finalement, Netflix ne me manque pas tant que ça, twitter non plus et question bouffe on s’en sort pas si mal non plus… Et voici que je me retrouve à cuisiner, chose que je ne faisais plus depuis des mois, parce que je ne peux plus passé une heure à scroller mon téléphone avide d’éviter mon travail (qui n’avance pas plus, vous noterez)…
Mince alors ! Et mon austérité ?

La voici subitement remplacée par une joie profonde, que je n’avais pas ressentie depuis près de deux ans. Entre temps, il y a eu cette affaire de régime, il y a eu des fonds de teint (des… un !) achetés, essayés… Tous presque aussitôt abandonnés.
Et depuis quelques heures, depuis que ce stupide régime n’est plus dans ma tête, en fait, elle se creuse doucement cette joie, faite de tout ce temps nouveau, qui s’est comme ralenti d’un coup, sans les réseaux et les séries.
Oh, n’allez pas croire, il est toujours là, le travail en retard, le stress, la peur de ne pas réussir, et le temps qui presse… Mais plus lentement.
Et c’est tout comme si elle me plaisait bien en fait, cette vie de carême, faite de douceur, de lenteur. Comme si elle écumait tous ces surplus de ma vie, qui en fait m’encombraient.

Lundi, c’est la rentrée, et sans doute qu’il va s’accélérer, ce temps, avec les cours, les élèves, les mémoires… Mais je crois qu’il sera plus doux, malgré tout.

Merci !

Marcher avec Lui

Carême

Minuit quatorze.
Ça a commencé.
Ce doit être le troisième, ou le quatrième peut-être. Comme chaque année, j’ai relu cette page, sur le site de l’Eglise catholique, qui ne cesse de me donner à lire que cette année comme toutes les autres, ce sera un seul repas, point. Comme chaque année, je me dis que je ne vais jamais y arriver, et souvent, c’est vrai. Je finis par transformer ce mercredi des cendres en journée tout à fait ordinaire, repas compris. (Vous comprendrez que pour la néophyte que je suis, la question du repas est encore un peu épineuse). Comme chaque année, au lieu de me contenter de ne pas sucrer mon café, j’ai listé tout un tas de trucs que je devrais quand même arrêter, pendant le carême… Mais contrairement à toutes les autres années, minuit passé, je suis plutôt sereine. Je n’ai pas envie de me jeter sur les yaourts du frigo, ni de me mettre à dévorer des crêpes. Contrairement aux autres années, j’ai même plutôt hâte de le vivre, ce carême.
Il faut dire que celui de l’an dernier fut particulièrement loupé. Mercredi des cendres ? Je m’en suis rendue compte à la dernière minute, et il faut bien avouer que je ne m’étais pas du tout préparée à ne pas manger, et la messe, séchée. Je ne parle même pas de la suite qui fut à l’image du début.
Alors cette année, j’étais préparée. Je le prépare depuis un an, en fait. Les dates ? Bien connues. Des alarmes de partout, pour avoir le temps de bien me préparer. Quarante jours de carême numérique, en partie du moins. Finies les séries, et stop twitter. Voici qui devrait me faire gagner quelques heures par jour. Et puis on va en profiter, tant qu’on y est, pour essayer de mieux manger.
Et il est vrai qu’il prend soudain un air de bonnes résolutions, ce carême, et pourtant, il fera bien mieux l’affaire que les autres, je crois, en supprimant toutes ces choses, qui me font culpabiliser au quotidien, vis-à-vis de la personne qui partage ma vie.
Il est un peu pour lui, je crois, ce carême, parce que c’est pas très chrétien, je crois, de ne pas rendre service, et il m’en rend un énorme, depuis le début de l’année. Tellement énorme que je crois que je devrais le lui rendre aussi, ce service, celui de lui alléger un peu la tâche.
Il est plutôt serein, ce début de carême, et c’est la première fois, je crois. Pour la première fois, je crois que je sens que ça a du sens, plus que de ne plus lire ce que j’aime, plus que de ne plus rien manger. Je sais bien que je ne suis pas vraiment bien dans les clous… Oh puis zut, pour la première fois, j’y suis tout pile je crois. Avec de l’amour en veux-tu en voilà. C’est ce qu’il manquait aux quelques autres, je crois. Une grosse dose d’amour dans tout ça.

Merci !