Marcher avec Lui

Aimer

C’est un drôle de mot, « aimer ».

On aime toutes sortes de choses qui n’ont pas grand-chose à voir entre elles.
On aime sa mère, son père, on aime le chocolat, un film, une tasse de thé. On aime un livre, une plume, un sourire, un rire, on aime ses amis, on aime un homme ou plusieurs, une femme ou plusieurs. On aime courir, rire, pleurer, chanter, on aime apprendre, ou on n’aime pas, on aime son prochain, parfois.
On dit « aimer » pourtant.
On dit « aimer » comme si ce n’était rien, et soudain, c’est comme si ce tout petit verbe devenait tout.
On rechigne à le dire, on a l’impression qu’une fois dit, rien ne sera jamais plus comme avant, que le mot n’est pas tant qu’il n’est pas dit, on se le refuse même à soi, on jure par tous ses dieux « mais non, je ne l’aime pas », et soudain « Je t’aime » veut dire « Je suis amoureux de toi ». Ces quatre petites lettres prennent alors tant d’importance que l’on a l’impression qu’elles se suffisent à elles-même. On attend avant de les dire. On pèse le pour et le contre, on attend, on réfléchit, on ne sait pas, on ne le dit pas, on tergiverse… Puis on le dit, enfin. « Je t’aime ». Et l’on a tellement attendu que ces deux mots et demi semblent être l’aboutissement de tout.
« Mais puisque je te dis que je t’aime ! », comme si le simple fait de le dire faisait tout.

Mais tu sais, aimer, ça ne se dit pas je crois. Aimer ça se fait.
Aimer, ce n’est pas que ce battement de cœur à sa vue, ce n’est pas que l’envie de se blottir dans ses bras. Aimer ce n’est pas répéter sans cesse « je t’aime » comme remède à tous les maux, comme si ces seuls mots changeaient tout.
Je crois qu’aimer, ça ne se dit pas. Aimer, ça se fait.
Il coûte, le premier. C’est vrai. Et puis on le dit sans plus le dire, on n’y pense même plus, et l’on aime comme on aime un livre, ou une tasse de thé. On a parfois ce petit frisson au fond du cœur, et l’on a oublié l’autre.
C’est pourtant bien lui, cet autre, que l’on aime. C’est pourtant bien à lui que l’on a eu tant de mal à le dire, et à trop croire que l’on n’aimait qu’au fond de son cœur, on a oublié de l’aimer, l’autre.
Alors vraiment, je crois qu’aimer ça ne se dit pas, ça se fait.

Je ne suis pas sure, tu sais, de bien savoir comment on fait. Je ne suis pas sure de toujours savoir m’oublier assez, pour cet autre en face que je dis aimer.
Je ne suis pas sure, tu sais, de bien savoir comment on fait, et je crois que j’ai souvent bien mal aimé, à croire que les papillons dans le ventre suffisaient… Et ce sont eux que j’ai fini par aimer, mes papillons plus que la personne qui les causait. Oui, je crois que j’ai bien souvent mal aimé, malgré tout ce que je disais.
Parce qu’aimer, ça ne se dit pas, ça se fait.

C’est un drôle de mot, « aimer ». On le dit un peu à tout bout de champ, en parlant de toutes sortes de choses différentes, mais au fond, est-ce que l’on sait vraiment aimer ?
Et si au fond, aimer, ce n’était pas le dire, c’était le faire ? Et s’Il nous avait montré comment aimer ? Et si nous avions juste oublié de L’écouter ?

Merci

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Au quotidien

Il faut bien…

Je n’ai pas envie de rentrer.
Ça doit faire une heure et demi que je marche, oscillant entre bonne humeur et légère mélancolie.
Il fait nuit.
Les rues sont désertes.
Il n’y a que moi. Moi, et la musique dans mes oreilles, qui suffit à changer du tout au tout les pensées qui viennent à mon esprit.

Il y a les camps scouts, qui reviennent dans la nuit, avec toutes ces odeurs de terre mouillée, de feuilles mortes. Il y a presque la même légère fatigue. L’envie de retrouver le duvet froid, de s’y glisser une bonne fois pour toutes, et terminer la journée. Une de plus avant la fin du camp que l’on espère parfois quand elles ont été pénibles les petites, une nuit de plus dans ce duvet, et une nuit de moins avant de retrouver un lit, une douche, un vrai oreiller. Il y a cette même sensation d’être seule, vraiment, et de ne rien trouver d’autre à faire que prier. Comme le soir dans mon duvet, quand au lieu de discuter avec des gens, je remplis le temps en priant.
Il y a ces rues, prises au hasard, qui me font découvrir un peu plus ma ville.
Il y a ces pensées, pas toujours chouettes que je laisse vagabonder dans mon esprit, parce qu’elles aussi, elles ont besoin de sortir de temps en temps.
Et puis il y a ce chat, que je suis dans une rue inconnue, avec qui je discute un peu avant qu’il ne rentre chez lui, lui. Alors je continue ma route.

Vraiment, je n’ai pas envie de rentrer.

Alors je tourne, encore et encore, autour de chez moi, trouvant sans cesse de nouvelles rues à explorer. Surtout ne pas rentrer. Surtout ne pas stopper le flot des pensées.
Elles viennent bien mieux en marchant les pensées. Je les aime bien je crois, elles, qui trouvent le temps de vagabonder avec moi. Bien plus que quand je tourne en rond chez moi, parlant à quelqu’un qui n’existe pas. Elles marchent avec moi, et elles n’ont pas envie de partir.
Alors je n’ai pas envie de rentrer.

J’ai envie de continuer à sentir les odeurs, j’ai envie de sentir mon corps qui se fatigue, de photographier tout et rien. De rater mes photos, parce que c’est pas bien grave.

Je n’ai pas envie de rentrer.

Et en même temps que je me dis ces mots, pas envie, je ne peux pas m’empêcher de me demander : et quand on ne peut pas rentrer ? C’est un luxe finalement, de pouvoir rechigner à rentrer. On a quelque part où rentrer, et l’on refuse, on se détourne, on fait des caprices, comme cet enfant qui sait qu’il va bien devoir finir par dormir.
J’ai de la chance finalement, de ne pas avoir envie de rentrer.

Et je continue à marcher.
Une rue.
Une autre.
Je sais qu’il va falloir finir par rentrer.

Accroupie.
Je photographie des brins de blé.
Je n’ai pas envie de rentrer.

Une rue, une autre.

Me voilà devant le portail. Même l’odeur à changé. Elle est plus familière.

Il faut bien rentrer.

Au quotidien

Commencer par la fin

C’était il y a un peu plus de deux ans.
J’allais à la messe pour la première fois (de mon plein gré j’entends), je commençais seule un parcours que je terminerai à Pâques de cette année, bien entourée.
Il y a un peu plus de deux ans a commencé ma conversion au catholicisme. Je t’ai déjà raconté le pourquoi du comment ici. Il y a un peu plus de deux ans.

Et dans un peu moins de deux semaines, je recevrai enfin ces sacrements que j’aurais voulu recevoir à l’instant où ma décision a été prise. J’étais pressée, je ne voulais pas d’un chemin si long… Pourtant, j’ai fini par aller le voir, le prêtre de la cathédrale de Limoges, le père Renard. C’était en septembre 2016, aux alentours du 20, et après une messe, je lui ai demandé le baptême. Je crois que je ne savais alors pas trop dans quoi je m’embarquais. J’ai rencontré des gens, suis allée à des réunions de caté sans jamais trop aimer. Puis j’ai déménagé, même ramdam à Bordeaux, nouvelles personnes, et nouvelles réunions.
Il est vrai que bien souvent, je n’ai pas envie d’y aller, que je ne suis pas toujours au mieux de ma forme après. Il est vrai qu’elles ont été pénibles toutes ces cérémonies à la chaine, avant la dernière, l’ultime. Dans deux semaines.
Et c’est étrange, tu vois, de voir le chemin parcouru en deux ans, de constater, avec un peu de nostalgie que c’est bientôt fini, et que rien ne sera plus tout à fait comme avant. Parfois, je me dis que je n’ai pas assez profité, que j’ai trop râlé, que j’aurais dû être plus ouverte à ce qui se passait autour de moi, et puis je me dis que c’est comme ça, on n’y changera rien.. Et mes râleries ne changeront rien à l’affection que je porte à chacun(e) de mes catéchistes, aux prêtres qui m’ont accueillie, à ces choses apprises malgré tout, pas comme je l’aurais cru, pas celles que j’aurais crues, mais tous ces petits rien qui ont enrichi, modifié aussi ma relation à Dieu, qui m’ont apaisée un peu (même si je râle toujours beaucoup).
Et c’est étrange, tu vois, d’avancer avec un mélange de hâte et de regrets vers ce jour que j’aurai mis presque un an et demi à préparer. Oh, non que je regrette de me faire baptiser, Dieu m’en garde, mais il y a toujours un pincement au cœur en regardant un peu par dessus son épaule.

Je ne sais si c’est l’arrivée, ou le départ, et je crois que je n’ai jamais ressenti aussi fort cette symbolique du baptême, celle de l’eau et de la résurrection.
J’ai cette sensation que j’arrive à la fin de quelque chose, la fin de ces deux ans de préparation, de réflexion, la fin de deux ans de changements, de questionnements et de remises en cause, tant de moi que de l’institution dans laquelle je m’apprête à enter, deux ans de réaffirmation de mon envie d’y entrer malgré tous les désaccords qui nous opposent… Je ne saurais expliquer ce sentiment que maintenant, tout va changer, que j’arrive au bout de quelque chose. C’est le début pourtant, le début de la vie de baptisée, qui sera probablement identique à ma vie, j’aurai toujours mon studio, je continuerai mes études, et quoi qu’il en soit je ne saurai jamais ce qu’aurait été ma vie sans le baptême, et ne pourrai donc pas comparer… Mais j’ai l’impression que tout va changer, dans cet identique de ma vie.
Et j’ai hâte tu vois, en même temps que j’appréhende cette nouvelle vie. Je ne réalisais pas je crois, il y a deux ans, à quel point ces années de préparation seraient importantes. Oh, pas tant pour le savoir acquis, internet fait bien les choses, mais pour cette attente d’une chose si lointaine au début, et qui se rapproche de plus en plus avec le temps. Elles sont importantes je crois, les années de préparation, pour ce petit sentiment au fond du ventre qui dit que rien ne sera jamais plus comme avant. Ce chemin qui commence par la fin.

Merci

Marcher avec Lui, Tranches de vie

À chaque instant de la vie

Il faut bien l’admettre, je suis assez colérique comme fille.
Il y a quelques jours, j’ai piqué une de ces nombreuses colères sur Twitter, parce qu’il y en a marre parfois, tu sais, de la manière dont on est traité, en tant que petit nouveau dans l’Eglise. Comme un tout petit justement, et quand c’est par ses pairs, c’est un peu pénible, il faut l’avouer. J’ai souvent l’impression que l’on me parle comme si j’étais une enfant à éduquer, et par ses pairs, encore une fois, c’est fondamentalement déplaisant.
J’en ai plein pourtant, des questions à poser. J’en envoie plein pourtant, des messages pour demander des précision, et des réponses à mes inquiétudes, et les réponses m’aident vraiment. Et puis parfois, j’ai l’impression que ça tombe un peu là comme ça, déconnecté de ma vie, la mienne, qui a changé quand Dieu y est entré, qui changera encore quand le Grand Jour sera passé. Ce n’est pas que je ne veuille pas la changer, ma vie, comme un gosse refusant les conseils des parents…

C’est qu’Il ne nous rencontre pas tous de la même façon, je crois.

Certains vont à la messe seulement parfois, d’autres y vont vraiment souvent. Pour beaucoup, rien ne vaut un groupe de prière, de parole ; et pour d’autres, rien ne vaut une lecture de la Bible chez soi. Certains sont bien ici, d’autres là… Et en y regardant de plus près, il y en a un peu pour tous les goûts. Parce qu’Il ne nous parle pas à tous de la même manière, et je crois qu’Il trouve le moyen de se faufiler dans la vie de chacun.
Certains ont besoin de Le croiser au détour de chacune de leurs lectures, de Le rencontrer pour une messe chaque jour, certains Le trouvent au détour d’une prière au moment du café du matin, il y en a qui ont besoin de retraites, et d’autres de se retirer chez eux…
Et je crois que c’est chouette au fond, qu’il y en ait un peu pour tous les goûts. Et puis tu sais, tant pis si je dis de grosses âneries, pas que je n’ai pas fait d’études en théologie, mais que j’en suis sûre, Dieu est Amour, et peu importe comme on l’aime, pour que qu’on l’aime pour de vrai. Et il y a plein de manières d’aimer !
J’aime bien aller à la messe le dimanche, même si ça fait un moment que je n’ai pas pu. J’aime bien vraiment, pas parce que je dois et que c’est comme ça, mais parce que j’y suis bien, et je sais qu’en rentrant, ma soirée sera chouette. Je ne prends pas toujours le temps, de me mettre devant mon petit coin prière, mais il n’y a pas un soir où je m’endorme sans une pensée. Je lis un peu de tout un peu partout, des chrétiens parfois, des trucs pas très catholiques bien souvent, parce que parfois j’ai bien envie d’aller lire ailleurs ce qu’ils disent, quitte à y prendre ce qui me parle, parce que parfois, je lis des choses assez abominables, d’autres bien moins mais assez critiques. J’écoute de tout aussi. J’aime des choses assez peu respectueuses envers Dieu parfois, et pourtant je Le vois même au milieu de tout ça, ou du moins je m’efforce de L’y voir.
Et puis finalement, tu sais, je crois que ça importe peu, la manière dont Il se présente à nos vies, tant qu’on Lui laisse la place.

Merci !

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Au quotidien, Tranches de vie

Dans le silence de la vie

Ça a dû commencer au collège cette habitude.
Sortir de cours : les écouteurs.
Dans la rue : les écouteurs.
En voiture, dans les transports : les écouteurs.
Et ça n’a plus cessé, cette habitude du bruit de fond. Dans ma chambre, tout le temps. Ça a continué dans mon premier chez-moi, jusqu’à la musique classique en travaillant. Tout ça, pendant presque trois ans.
Il y avait un bruit de fond dans ma vie. Tout le temps. Quoi que je fasse et où que j’aille, de la musique, adaptée ou pas à mon humeur. Un bruit, un truc, comme pour ne pas être seule. Toujours quelque chose.

Mais depuis quelques temps je peine. Je rechigne. Je ne sais plus quoi mettre dans mes oreilles, je ne sais plus trop de quoi j’ai envie.
J’écoute des gens qui racontent des choses interessantes quand je marche, quand je fais la vaisselle, et j’aime bien, c’est vrai. Pourtant, ce n’est plus un besoin comme avant. À tel point que j’oublie parfois, en sortant d’un commerce, de le remettre mon casque. À tel point que je l’éteins parfois, ma musique-bruit.

Et puis, je me demande, tu sais, si elle ne sert pas un peu à éviter de penser, ma musique-bruit tout le temps, que je chantonne en marchant. Si elle n’essaie pas de se faire une place dans mon cerveau, à la place de tout plein de choses, à la place des bruits du monde et de la vie.
Alors parfois, j’oublie de remettre ma musique-bruit, et j’écoute, perdue dans mes pensées, les bruits du monde. Je chantonne des « Je vous salue Marie », comme pour combler le vide de mes oreilles, le remplir un peu de Toi. Et je redécouvre un peu le monde aussi, qui vit autour de moi.
C’était pour éviter un peu la solitude, toute cette musique, je crois. Et finalement, on est bien plus seul avec que sans, et il fait du bien le silence d’une rue vide, de la maison voisine inhabitée le temps d’un weekend. Le silence interrompu des bruits du monde, contre lesquels on ne peut rien , et qui finalement accompagnent un peu la vie.

Je crois que j’aime ça. Profiter du silence, du bruit du monde et de celui de ma tête, pas interrompue par les paroles d’autres, qui entrent et prennent un espace qui n’est plus disponible ailleurs.
Alors, de plus en plus, j’accepte d’être seule dans un monde qui est là. Avec d’autres gens seuls, et ceux qui ne le sont pas. J’accepte de ne plus être dans cette bulle n’admettant personne, et dans laquelle ma solitude était normale. J’accepte de me vivre seule au milieu des gens, de plus en plus. Et j’aime ça, je crois, de ne plus vivre ma vie au rythme de musiques qui l’accompagnent comme la musique accompagne un film.

Juste être là, écouter, et sourire.

Merci

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